Les mémoires de Gilles Saulnier

Monsieur Saulnier est un ancien résident de Saint-Fulgence. Il y a habité, avec sa famille, de 1967 à 1978.  Durant son passage dans notre belle municipalité, il a rédigé ce qu’il appelle ses mémoires
Cet homme, maintenant dans la jeune soixantaine, nous partage ses écrits.  C’est un privilège de parcourir ces textes qui feront découvrir notre village pour les plus jeunes et remémorer des souvenirs pour les moins jeunes.
Ses écrits, comme auteur, sont transcrits dans leur version originelle. Ils contiennent des noms réels et parfois fictifs, mais toujours dans le respect pour le bien de tous. Ces situations passées sont certainement différentes, autant socialement que culturellement, de celles que nous vivons aujourd’hui. Elles sont cependant un miroir de notre histoire et celles de vos descendants…  

Un texte est publié le jeudi de chaque semaine.

 

(1)  Arrivée au village (2) À la découverte des alentours (3) Le remous et sa batture

 

Chapitre 1
 
Une époque dans ma mémoire
(2) À la découverte des alentours
C’est de valeur! tu es trop jeune pour être mon ami, moi j’ai 12 ans.

Je suis estomaqué par la réponse de ce jeune livreur du Soleil. Moi qui auparavant vivais dans un village où mes amis avaient entre 12 à 16 ans; me voilà rendu dans un endroit où un autre petit cul viens me dire que je suis trop jeune pour être son ami.

En Abitibi, je prenais la motoneige quand je voulais, je travaillais au restaurant à chaque jour à divers travaux du magasin général, j’avais des libertés que peu d’adolescents possédaient à cette époque à Saint-Fulgence. Je ne jouais même plus avec des jouets, mais avec des outils quotidiens qui servaient aux adultes; je n’étais simplement plus un enfant.

Nous déménagions dans une petite maison située au 374 rue Saguenay, l’ancienne maison de Charles-Émile Tremblay, le plus vieux des garçons de « Jos-Nap » Tremblay et neveu de mon père. Charles-Émile avait acheté le restaurant de mon père Georges en espérant y devenir riche, nous disait-il dans son rire qui le caractérisait si bien, tout en remontant ses culottes presqu’en dessous des bras.

À partir de ce moment-là, je me suis organisé par moi-même.

Ma nouvelle vie commence.

Ce matin-là,  je me décide d’aller explorer les environs et je partis vers le chemin le plus facile. Je tourne, vers la droite, en solitaire. Cette route me mène vers l’opposé du village. Non loin de la maison, il y a le garage d’autobus qui appartient à mon oncle « Jos-Nap ». Les 5 cinq autobus scolaires sont là dans le stationnement en dormance en ce début de juin; Les jaunes semblent attendre le mois de septembre pour se réveiller et reprendre vie.  À l’intérieur du garage, Raymond Brisson, mon cousin par alliance fait la maintenance de l’une d’elles sans dire un mot. C’est mon cousin, mais il a presque l’âge de ma mère.  À côté de lui, regardant sa montre, Monsieur Ovila Gagnon attend le moment propice pour monter dans son mastodonte brun qu’on appelle pour les besoins « l’autobus de la ville ». Il a son horaire bien établi ce gros autobus. Il en est à ses derniers balbutiements à le regarder. Il voyage depuis tant d’années, du matin au soir, pour les travailleurs de la ville.  Il semble épuiser : deux départs le matin, une fois le midi, une fois sur l’heure du souper et quelques fois un autre voyage supplémentaire l’attend, le soir, pour la fermeture des magasins de la rue Racine, de même que les samedis. Il en coûtait peu à cette époque pour embarquer dans cette vieille diligence d’une autre époque.

Je quitte le garage pour me diriger vers les chalets qui sont construits sur le bord du Saguenay.
Non loin, avant l’embranchement de ceux-ci, je vois l’écriteau verte provinciale qui m’indique : Sacré-Coeur 64 milles/ Tadoussac 74 milles. Les voitures semblaient prendre de la vitesse à cet endroit pour pouvoir monter le cap qui mène à l’endroit que les gens désignent comme les « Îles » et vers Sainte-Rose-du-Nord. Soudain, une bouteille de bière lancée par un conducteur malandrin, d’une vieille Ford, disparait dans le ravin, fracassée en mille morceaux. Le premier chalet que j’aperçois, appartient au docteur Lapointe. J’entends des voix féminines non loin de la piscine creusée, d’autres voix me parviennent du terrain de tennis. Je sus plus tard que ce chalet appartenait au docteur Lapointe, celui-ci se réfugiait régulièrement dans ce lieu pittoresque le long de la rivière pour se consacrer à ses talents d’écrivain et de poète : il écrivait sous le nom de plume de Marcel Portal. Durant cette été 67, je vis à quelques reprises ses filles se promener dans la rue en riant; elles allaient faire des emplettes au restaurant de tante Mariette et de la cousine Gisèle. Elles étaient toutes magnifiques, ces filles, mais malheureusement plus âgées que moi, surtout la belle Louise qui a 16 ans.

Louise Portal deviendra une artiste accomplie ayant vécu à quelques centaines de mètres de la maison.

 
À suivre…
 
Texte de Gilles Saulnier
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